vous avez dit bio ?

Qu’en pensent les vignerons ? Qu’en est-il des produits chimiques ? Voir un peu plus clair dans les labels…

Lorsqu’on passe dans des vignes en culture “conventionnelle” et qu’on voit les moineaux et les guêpes à l’agonie, on se pose des questions...” déclarait un de nos vignerons, recevant chez lui des étudiants bordelais. De fait, il n’y a pas que les petits oiseaux ou les insectes qui sont en danger. C’est ce qu’affirme une équipe de chercheurs irlandais sous la direction du Clinical Sciences Institute de Galway : les produits chimiques utilisés dans les champs et les vignes pourraient être responsables d’une incidence accrue des cancers chez les agriculteurs. Selon cette étude, les leucémies et les lymphomes seraient les principaux cancers concernés. Cette information s’ajoute à celle d’autres publications scientifiques mettant en évidence le développement de certaines formes de cancers dans la population agricole.

En Alsace, une étude a fait ressortir un taux inquiétant de stérilité masculine et de malformations foetales chez les viticulteurs et les ouvriers viticoles. Les facteurs de risque sont les plus élevés non seulement chez les agriculteurs et les viticulteurs exposés lors de l’épandage des pesticides mais également chez les ouvriers exposés lors de la fabrication de ces derniers.

On comprend dès lors que la démarche des vignerons “bio” est très globale : préserver le sol, la plante, le vin, c’est préserver la santé humaine. Généralement, leurs traitements se limitent à la bouillie bordelaise (un fongicide polyvalent à base de sulfate de cuivre), à la fleur de soufre, aux décoctions de plantes. Le nombre des traitements est limité au strict minimum. De plus, tous les éléments nutritifs fournis à la vigne sont uniquement d’origine naturelle (algues marines, poudre de roche, compost organique).

La viticulture, comme toute l’agriculture biologique, a son cahier des charges européen officiel. La certification qui permet la délivrance du label «AB» (agrobiologie) est délivrée par des organismes reconnus : en France, 95 % de la production bio est certifiée par Ecocert.

L’agriculture biologique a donc des contraintes de production et de contrôle (à la charge du producteur) qui sont plus importantes en terme de temps et de coût. Ne pas employer de pesticides et un certain nombre de produits implique aussi une plus grande technicité, ce qui entraîne parfois une diminution de la productivité. Tous ces éléments se répercutent sur les prix.

Cependant, il n’existe pas encore de cahier des charges de la vinification. C’est pourquoi les étiquettes portent les mentions «vins issus de raisins cultivés en agrobiologie» ou «vins issus de l’agriculture biologique». La mention officielle Ecocert ne certifie que le raisin. En attendant la rédaction d’un cahier des charges officiel, la vinification n’est actuellement garantie que par des cahiers des charges privés : Nature et Progrès, Biodyvin Demeter, Unia. Tous limitent autant que faire se peu les doses de soufre, antiseptique et antioxidant précieux pour préserver la qualité des vins. Certains vignerons tentent même de se passer de soufre, démarche très délicate à mener à bien.

Benoît Ducasse





page mise à jour mercredi 12 mars 2008 à 15:23